mercredi 25 mars 2009

Nouvelle Express : Nouveau fichier SEX !

Macrosoft a annoncé hier sur ONN qu'un nouveau format de fichier système ferait son apparition. Il s'agit du format System Extended, qui portera l'extension ".sex".

"Notre intention", rapporte M. Johnson, téléphoniste au service technique de Macrosoft depuis maintenant 17 ans, "enfin leur intention, comme je ne suis pas dans le projet... Leur intention, bref, est de créer un fichier totalement indécodable par les hackers. Macrosoft prend pour acquis que tout hacker ou informaticien en général serait totalement incapable de lire un fichier .sex, et encore moins de l'utiliser. C'est un raisonnement logique qui s'appuie sur des années d'observation sur le fonctionnement du cerveau des personnes qui passent une certaine proportion de leur temps devant un écran."

Nous avons demandé à M. Johnson plus de détails sur le sujet. Il nous répond avec plaisir : "Le logarithme de ce fichier défie totalement la logique d'un informaticien ou de n'importe quel 'geek' de ce genre. Je vous donne trois exemples, mais ils sont assez techniques, alors j'essaierai de vulgariser. Le fichier p3n1s.sex est un algorithme absolument basique qui s'assure de combler des trous dans la mémoire, s'assurant ainsi que l'ordinateur roule à pleine capacité. Mais c'est écrit de telle manière qu'un hacker ne sera capable de voir qu'un programme affectant sa propre machine. Il sera incapable de l'utiliser sur les autres."

"Second example : le fichier v491n4.sex ; celui-ci est simplement trop étrange selon la vision 'geek'. Laissez-moi vous assurer que les 'nerds' n'ont jamais vu ça de leur vie ! C'est tout ce que je peux en dire sans tomber dans des termes trop ésotériques."

"Dernier example : CL170r1$.sex." (Il nous nomme fièrement chaque lettre et numéro du nom de fichier sans même hésiter) "Ça, c'est une innovation : non seulement ce fichier est extrêmement difficile à trouver, et un informaticien ne saura pas du tout comment l'utiliser, mais en plus il est bâti pour qu'en plus, tous les hommes sont complètement bafoués par sa complexité. Ça peut paraître étrange comme initiative, mais seules les femmes ont la 'manière de penser' pour pouvoir l'utiliser. C'est pourquoi seules des femmes y ont accès dans la compagnie. D'ailleurs, elles ont l'air d'avoir beaucoup de plaisir à jouer avec..." (Johnson se perd momentanément dans ses pensées).

Et quand ces fichiers seront-ils disponibles ? "Nous travaillons déjà sur le concept d'un Windows WCC, ou Windows With Closed Curtains. L'objectif de ce nouveau Windows est de créer pour l'utilisateur même le moins expérimenté un climat de confort où il sera libre d'explorer en paix, et l'interface permettra à plusieurs personnes d'être en même temps sur le même système d'exploitation, en supposant que la machine ait la 'force' nécessaire. Mais je ne vous en dis pas plus."

C'est un dossier à suivre pour tous les informaticiens. Des paris s'ouvrent déjà à savoir si ceux-ci trouveront malgré tout un moyen de se mettre à jour dans le domaine. En attendant, des forums sont ouverts partout sur la planète, et les recherches de livres de la collection "For Dummies" ("Pour les nuls") battent des records.

mardi 24 mars 2009

2012, L'Odyssée du monde "space"

Quatre faits divers que j'ai compris en réfléchissant un minimum ; et mes prédictions les concernant.

2012

Je sais pourquoi 2012 s'annonce comme la fin du monde. Vous allez voir, ça fait peur. C'est un exercice de chiffres vraiment intense. Vous êtes prêts ? Alors regardez le nombre : 2012. Vous prenez le 2. Vous additionnez OU soustrayez 0 (vous pouvez faire les deux, c'est fou !), vous divisez par 1, et vous soustrayez 2. Qu'obtenez-vous ? Mais 0, bien sûr !
Encore plus fort : Vous prenez tous les chiffres et vous les multipliez tous entre eux, dans n'importe quel ordre, et vous arrivez toujours à 0 !
Preuve que 2012 est une date fatidique qui nous mènera au zéro universel et donc à l'Apocalypse.
Voir tous ces zéros me donne envie d'une omelette.

Caramilk

On ne sait toujours pas comment on fait la Caramilk. Mais j'ai une théorie.
Ce sont des extraterrestres venus d'une petite planète de la galaxie d'Andromède qui ont découvert une mine où, apparamment, on pouvait extraire du caramel pur de plusieurs carats. Ce fut toute une découverte. Un jour, en creusant de plus en plus profondément grâce à la technologie de leur équivalent de nos Nains, de pauvres octupèdes sans ami, ils ont trouvé un temple souterrain où vivait depuis des générations une sorte de culte dédié à la fabrication de ces chocolats fourrés au caramel.
Évidemment, leur première décision fut de tuer tout le monde présent.
Ainsi le secret fut perdu.
On se fout de comment c'est arrivé sur Terre. Ma théorie farfelue vaut bien la vôtre ! Parce que toutes vos théories sont farfelues, jusqu'à la dernière !

Illuminati

Ils sont de retour. Aujourd'hui ils fabriquent des lampadaires. Pensez-y, comme ça ils peuvent voir, à tout moment, où vous êtes dans la rue !
Bientôt il n'existera plus de ruelles sombres et il n'y aura plus moyen de cacher une quelconque agression, sauf bien sûr celles perpétrées par les Illuminati eux-mêmes, qui seront tellement éclairées qu'elles nous aveugleront, et nous ne verrons rien.
Je prédis qu'en 2015, la moitié de la population des grandes villes, et la totalité des gens en politique, seront aveugles.

Sexe

Le sexe est une conspiration du genre humain pour accroître le nombre de fidèles dans sa secte mondiale. Et nous y participons tous. Nous devrions demander à ce que le gouvernement prenne des mesures pour faire cesser cette conspiration d'échelle mondiale qui a sa plus forte influence, manifestement, en Chine et dans les pays du tiers-monde.
L'effort des braves anarchistes de libérer le sexe du joug de la reproduction, en inventant la contraception, est même en train de se faire entraver par des moyens de reproduction sans sexe, par exemple la fécondation in vitro. Bientôt, le sexe ne sera même plus requis et les anarchistes idéalistes devront trouver d'autres moyens pour empêcher cette décadence humaine qu'est l'enfantement.
Je prédis qu'au détour de 2020, le sexe ne sera plus nécessaire à quoi que ce soit.

Hommage à ma soeur Roxanne qui est présentement à l'hôpital dans d'atroces souffrances, et à mon neveu Brandon qui ne devrait pas tarder à naître.

jeudi 19 mars 2009

Généroégalisationnisme

Une scène me trouble.

J'embarque dans l'autobus. Un homme me fait suite. Légèrement habillé, transportant un sac en plastique peu volumineux et semblant contenir quelque chose de pas très précieux, le quidam a tout l'air d'un itinérant, ou pas loin. Il se met à parler avec le chauffeur du car. Curieux, j'empêche ma musique de déranger mon ouïe. Disons que pour les besoins de l'histoire, l'itinérant s'appellera Hobo, et le chauffeur sera Yoshi. Parce que ça ressemble à "ochi", qui veut dire "non" en grec.

Donc Hobo parle avec Yoshi. Il lui dit qu'il n'a pas l'argent pour payer son droit de passage, et demande à faire quand même un petit bout. Probablement plus pour se protéger du vent que pour aller réellement quelque part. Yoshi refuse. Hobo insiste. S'ensuit une longue discussion qui stagne notre autobus puisque, on s'en doute, Yoshi refuse de partir avec cet énergumène à bord.

Au bout de deux minutes, Hobo sort de sa poche de la menue monnaie, la compte. Manifestement pas assez pour s'aquitter de son droit de passage. Pour prouver sa volonté de suivre les règles, il dépose tout de même toute sa fortune dans la petite fente, sans lui dire adieu.

Je me demande comment Charon aurait réagi, lui.

Yoshi, pour sa part, se contente de tenter de raisonner Hobo, et lui assure qu'il vient de refuser une faveur similaire à un autre passager, et qu'il est soucieux de l'égalité de ses concitoyens.

C'est alors que l'inévitable se produit *roulement de tambour* : une jeune femme assise non-loin se lève et va payer le reste du billet de Hobo.

Yoshi, résigné, tend son ticket à Hobo qui doit bien rire de sa gueule, et démarre enfin son engin, direction seconde étoile à droite et tout droit jusqu'au matin. Hobo va parler à sa nouvelle amie. Leur histoire finira alors que la femme descend du car, trois arrêts plus loin.

Générosité de la part de cette jeune femme qui a vu le besoin criant d'un homme désespéré pour un abri ? Ruse sagace de la part de notre ami Hobo qui savait très bien que ça finirait par en arriver là, et qui de toute façon n'avait rien à perdre ? Ou peut-être agacement de la part de la bienfaitrice qui a juste voulu arriver à temps à son rendez-vous chez le gynéco, peu importe le prix ? Ou alors une combinaison des trois ? Quoiqu'il en soit, je lève mon chapeau à M. Hobo. Peu importe l'intention de part et d'autre, sa méthode est à ce jour la plus originale et la plus efficace que j'aie vue. Appart le triflûtiste. J'aime le triflûtiste.

mercredi 18 mars 2009

Mon devoir pour le prochain cours

Une autocritique.

En lisant quelques écrits de Steffen, que plusieurs ici connaissent déjà, je me suis aperçu d'un élément que je savais être défaillant à mon écriture, mais sur lequel je n,arrivais pas à mettre un nom. Et je n'y arrive toujours pas, mais au moins je peux l'expliquer.

Note en commençant : j'utilise le mot "défaillant" de mon propre point de vue ; certains verront peut-être une force dans ce que je m'apprête à critiquer, mais je le considère de mon propre chef comme une limitation.

J'utilise trop de mots. Autant en poésie qu'en prose non-rimée, j'abonde dans un flot interminable d'adjectifs et d'adverbes venant colorer mes images, mais ce faisant, je crois bien malencontreusement rendre mon image un peu floue. Loin de la définir, de la cerner plus clairement par cette cascade descriptive, au contraire, j'enlève au lecteur son idée préconçue, précise, vectorielle (au sens informatique) de la chose, pour lui donner une image toute nouvelle et qui finit par perdre le principal intéressé. Je ne parle pas ici seulement de faire des phrases trop longues, critique qui m'est revenue à maintes reprises, mais surtout de trop la beurrer.

Ce que j'admire de l'écriture de Steffen, c'est sa capacité, évidente selon moi, à dire la même chose en trois fois moins de mots, sans en supprimer une once d'impact. De ce que je remarque, il est aussi capable que moi de faire des phrases interminables et labyrinthiques, mais il peut également choisir les quatre mots qui font d'une phrase un poing fermé en direction de son lecteur. L'avantage de ce style : une meilleure compréhension en général, et des métaphores plus fortes.

(Désolé Steffen, mon but n'était pas nécessairement de faire l'éloge de ta plume, mais il me fallait un bouc-émissaire à pointer du doigt.)

J'annonce donc ce que sera mon défi littéraire dans les prochains mois : m'entraîner à élaguer mes propos. Supprimer le superflus, et utiliser quelques mots forts plutôt qu'une armée de mots faibles. Sans pour autant réduire la taille de mes phrases (j'aime les choses longues, d'aucuns le savent), je m'affairerai à les rendre plus solides.

Je joins à ce défi un autre conseil que l'on m'a donné par rapport à mes nouvelles : on me dit que le lyrisme qui fait le charme de ma poésie empeste dans ma prose non-rimée, et je prends cette critique très au sérieux. Je me donne pour devoir de faire la part des choses, de développer dans mes vers ce rythme que j'aime tant retrouver chez Hugo et Poe, et à faire de mes nouvelles et romans, encore une fois, quelque chose de plus solide, moins onirique, moins coloré pour le simple plaisir de me perdre en délire sentimental et/ou perceptuel.

Mais que le lecteur reste à l'aise ; ce blogue est et restera un jus de légumes de mots savoureux, colorés et pétillants à souhait !

mardi 17 mars 2009

Encore un billet sur la manif' du 15 mars

Vous avez bien lu. J'écris ce billet en espérant bien communiquer ma perplexité sur la question, et peut-être au passage permettre à des gens de répondre à des questions qui me tracassent. Tout le monde est invité à commenter, du gentil manifestant au fauteur de trouble au policier, tant que ça reste respectueux, évidemment.

Je commence par m'afficher : je ne suis pas allé à la manifestation, je suis plutôt allé écouter de la musique au Archambault du centre-ville et m'acheter de la peinture au Omer de Serres. Je n'ai croisé personne de qui j'aurais pu dire : "Lui, il va à la manif !", seulement le petit frère d'un de mes amis qui, lui, s'y est pointé. Le petit frère suivait à peu près le même chemin que moi.
Je n'y suis pas allé donc. Aucun intérêt là-dedans, pour tout avouer ; quoique mon ami a réussi à me vendre l'idée de me pointer un moment à la prochaine, juste pour voir de quoi ç'a l'air, et peut-être m'amuser un peu au passage. Mais cette fois-ci, aucun intérêt. Et pourtant, bien que j'affirme mon droit de ne pas m'intéresser à la chose et de ne vouloir rien avoir à y faire, je me suis retrouvé bloqué dans le métro pendant plus d'une demi-heure. Frustration, moi qui était sorti du bon pied ; mais justement, j'étais de bonne humeur, alors ç'a bien passé.
Heureusement, aucun autre événement n'est venu ponctuer mon tour au downtown. Je suis rentré la paix dans l'âme avec un métro fonctionnel.

Ceci dit, à lire les journeaux et à entendre les divers témoignages écrits et parlés, ça ne semble pas avoir été très peaceful. Je ne ressortirai pas les chiffres, vous les connaissez.

La première question que je me pose, c'est "Pourquoi ?" Oui, d'accord, pour défendre une cause, yada yada, là n'est pas ma question. Pourquoi ce moyen-là ? Comme je suis bon philosophe, voici quelques contre-arguments :

- Les gens ont peur. Quand on entend parler qu'une manifestation s'en vient, plusieurs évitent les alentours de l'événement, les commerçants vident leurs vitrines, les résidents se stationnent plus loin s'ils le peuvent, bref c'est beaucoup de trouble. Et de ce qu'on voit, avec raison. On a raison d'avoir peur. Attention, je n'accuse personne personnellement ici, si certains sont déjà en rogne, lisez l'article jusqu'à la fin, je ne fais que procéder point par point. Mais je m'imagine être un policier, et je comprends leurs réactions violentes et précipitées. Ils savent que la population a peur et que s'il arrive quoi que ce soit, ils vont manger une bonne partie de la merde. Et désolé, mais ce n'est PAS en étant peaceful dans la situation qu'ils vont s'en sauver. On est loin ici des hippies qui mettent des fleurs dans les cannons des fusils en espérant que les soldats les baissent pour leur faire un câlin. Ici, c'est un policier armé contre un manifestant armé, et aucun des deux ne refuse de baisser son arme, parce qu'ils savent tous les deux que baisser leur garde, c'est espérer que l'autre n'aura pas la brillante idée de profiter de sa chance si gratuitement offerte. Des gens se font backstabber partout pour bien moins que ça. Être un policier, je sais que je finirais par voir tout le monde comme un danger potentiel. À un certain point, est-ce que le fait que tu ne sois pas habillé en punk fait de quoi quelqu'un de moins dangereux en apparence ? Au début, oui. Mais pas une fois que la chicane a pogné. Au pire, tu te feras un peu plus respecter. Mais ça n'empêchera pas les flics de te tasser dans un coin.

- Quels sont les résultats ? Moi, quand je parle à mes amis, il y a généralement deux catégories : ceux qui sont d'accord, et ceux qui s'en foutent. L'écrasante majorité fait partie du second groupe. Quand j'en parle à mes parents et ma famille, les deux groupes deviennent : ceux qui s'en foutent, et ceux qui sont en maudit. Encore une fois, la majorité appartient au second groupe. Il s'agit de gens respectables, intelligents, éduqués et cultivés, peut-être pas dans le sens qu'ils peuvent disserter sur Kant au souper de famille à Noël, mais ils ont un bel esprit pratique et du vécu et je respecte ça. Je me dis que si un tel échantillon de notre société réagit aussi mal, que doit penser tout le reste ? Y a-t-il des gens qui se tournent vraiment en faveur de la manifestation pendant qu'elle a lieu ? Si oui, combien ?

- La manifestation fait des dégâts. C'est loin d'être tout le monde qui y contribue, j'en conviens. Mais ce que je vois dans une manif, c'est l'opportunité. On donne la parfaite excuse à des fauteurs de trouble pour faire leur travail et déverser leur haine n'importe comment. Cela me fait simplement me demander : comment quelqu'un n'a-t-il pas pu, déjà, trouver un autre moyen, tout aussi efficace, de faire parler de la cause et de faire sa "propagande" (sans péjoration ici) ? Parmi ces révolutionnaires, il y a des fans du Che à la petite semaine, mais aussides gens absolument brillants qui connaissent le système mieux que le système se connaît lui-même. Comment se fait-il que personne n'ait encore trouvé un moyen plus brillant, qui ne fournirait pas à n'importe qui la chance de s'exciter sur des combinaisons de briques et de vitrines, et qui aurait tout autant d'impact sur le système, et peut-être même davantage ? Ma théorie : c'est juste "plus l'fun" de sortir manifester entre amis.

Je tiens maintenant à souligner que je suis pour le concept de revendication de ses droits, et pour l'idée théorique de manifestation. C'est avec la pratique des manifs que je suis moins d'accord, parce qu'on sait tous très pertinemment que le plan ne survivra pas au contact avec la réalité, alors pourquoi même essayer ? Pourquoi justement ne pas employer la même énergie à trouver un autre moyen ? Je tends à croire que la force d'un révolutionnaire contre une société stagnante doit tenir à son originalité face à la staticité. Il y a probablement des idées très originales qui ressortent çà et là, et je les applaudis sans les connaître.

Finalement, je termine ce billet en offrant mes sincères félicitations au Mouton Marron. Peu avant la manifestation, il a eu la classe de conseiller à tout le monde des choses qui peuvent paraître de base pour certains, mais que j'aurais apprécié de lire si j'étais allé à la manif. Quelques petits objets pratiques à apporter, des choses niaiseuses qu'il est absolument mieux d'oublier chez soi, et surtout, un appel à la non-violence dont tout le monde aurait dû s'inspirer. Ça, c'est intelligent : faire valoir ses droits de manière ferme, mais en jouant les règles du jeu, d'une certaine manière. Et félicitations aussi pour son dernier billet, je vous encourage à le lire, c'est très bien écrit. On y sent évidemment un léger biais, mais c'est normal, je m'y attendais, et puis même ça met de la couleur. Ça montre que ce n'est pas uniquement un documentaire en son genre. Et au moins, c'est un biais qui n'insulte personne. Bref, encore une fois, réaction absolument intelligente de la part du Mouton. Je lui lève mon chapeau !

Je réitère mon invitation aux intéressés à répondre à mes questions et m'aider à me laver de mes inquiétudes. Je suis de ceux qui croient en une société meilleure, on ne me fera pas croire qu'on ne peut pas s'entendre, quand même !

lundi 16 mars 2009

Éloge du papier ; nihilisme du circuit

J'espère que le livre papier ne disparaîtra jamais.

D'abord pour des choses simples : pour le bruit que font les pages quand on les tourne ; pour la fierté de voir le signet progresser entre les pages un peu plus chaque jour vers la fin ; pour la douce frustration de ne pas retrouver la phrase qu'on veut à travers la myriade de mots ; pour l'obligation de protéger le bouquin des intempéries, ce qui semble conférer à un objet tout ce qu'il y a de plus commun un statut de trésor ; et pour son look, qui, suivant la popularisation des médias électroniques de toute sorte, sera bientôt considéré archaïque. Et on sait combien j'aime les choses archaïques...

Outre les raisons "esthétiques", il y en a plusieurs autres pour lesquelles je n'adopte pas le e-book, même si plusieurs de ces raisons peuvent probablement être réglées par une technologie adéquate. Pour décrire la situation, assumons ensemble la situation suivante : je dispose d'un lecteur portatif, par exemple un IPod Touch, d'une capacité de stockage raisonnable, qui me permet de lire des fichiers Word, PDF, TXT et autres.

Je ne m'attarderai pas trop au coût du support, puisque je considère que c'est un investissement ; nonobstant que toute technologie devient vite désuète aujourd'hui et nécessite un remplacement fréquent, les appareils ont généralement une durée de vie assez longue pour faire honneur à leur prix.

D'abord, je n'aime pas l'idée de transporter toute ma bibliothèque avec moi. Ça me fait juste penser que si jamais je perds mon lecteur, tous mes livres y passent, et même si je suis intelligent et que je me fais du backup, il va falloir que je reconstruise ma collection sur un autre appareil. Beaucoup plus suant que de perdre un simple livre. Dans cet argument j'inclus également la relative fragilité du support. Un petit détail technique, un bogue ou une goutte d'eau dans le mauvais circuit peut me faire perdre toute ma lecture. Ça me plaît plus ou moins comme idée.

Ensuite, la difficulté de lecture. Il est prouvé que lire du texte sur un écran est beaucoup mais beaucoup plus forçant que le lire sur papier. C'est la première chose qu'une compagnie devra régler avant de me vendre un lecteur de e-book, je vous le garantis.

La durée de vie. Une batterie, ce n'est pas éternel. Et même si ma pile a une capacité de 10 heures, il va quand même falloir que je pense à la recharger de temps en temps, sous peine de me retrouver soudainement sans lecture en plein milieu de trajet. Et comme je prévois voyager beaucoup dans ma vie, je prévois qu'une recharge ne sera pas toujours disponible.

Autre problème qui est un peu de ma faute mais beaucoup de la faute des autres : la distraction. Un lecteur de e-book ne sera jamais QUE lecteur de e-book, c'est évident. Il sera aussi téléphone, lecteur mp3, appareil photo et navigateur Wi-Fi. Comme je dis, c'est un peu de ma faute, c'est certain que je peux ne pas utiliser ses autres fonctions, mais je me sentirais un peu mal à l'idée de payer le plein prix pour un appareil dont je n'utilise que 10% des capacités. De plus, je le dis souvent, je commence sérieusement à m'ennuyer du temps où un cellulaire servait à téléphoner, un lecteur mp3 à écouter la musique, un appareil photo à prendre des photos, un gameboy à jouer sur la route, et un ordinateur à naviguer sur le web et à jouer chez soi. Une place pour chaque chose et chaque chose à sa place, vous connaissez ? J'ai l'impression aujourd'hui de vivre dans mon garde-robe avec la totalité de mon mobilier de chambre ET de salon ET de cuisine.

Je ne sais pas. Suis-je déjà dépassé par les nouvelles technologies ? Ça me fait me demander à quel âge mes enfants, eux, le seront. Dans le monde de demain, les "grands" de sixième année du primaire ne comprendront rien à ce que les élèves de maternelle se font enseigner. Mais c'est un autre débat. Je dis seulement : au diable le e-book, aux fers la caméra et le lecteur mp3 intégrés au cellulaire, à mort les petits jeux téléchargeables sur son IPod ! Suis-je archaïque ? Ou très avant-gardiste ? Le temps nous le dira. Mais au rythme où vont les choses, de toute façon, je pense que je pourrais dire "à mort la race humaine !" et je serais vu comme un prophète par une quelconque civilisation extraterrestre venue admirer le piédestal de notre statue d'Ozymandias.

jeudi 12 mars 2009

Blut Royale - Partie V : Courant

Je me jette sur le côté, exténué. Elle l'est encore plus que moi. Ça se voit. Elle a un air décontenancé. Elle fixe le plafond, la bouche grande ouverte, le souffle saccadé.

Elle est belle. Elle est différente des autres. Différente de Soledad. J'arrive peu à comprendre cette émotion qui m'assaille lorsque je la regarde. Elle n'est pas belle comme une petite chose fragile qu'on veut pour soi, qu'on veut chérir, caresser, bercer au sommeil. Elle n'est pas d'une beauté mignonne, enfantine, comme je croyais tant aimer les femmes, elle n'a rien de ce petit regard espiègle, innocent, blanc, le regard de la fille qui a l'intuition sans le savoir, qui comprend même sans connaître.

Elle est si forte. Une puissance naturelle. Une lueur dans le monde livide, une aura colorée qui appelle à elle une même potence. Une louve qui recherche ce loup qui saura la dominer, elle qui a si peu de peine à s'élever au-dessus des autres. Les muscles tendus, les sens aguerris, elle sait reconnaître sa place dans la jungle, sa place et celle des autres. Et elle sait qu'elle est au sommet. Plus aucune épreuve ne l'effraie, plus personne ne l'impressionne, et elle recherche encore un frisson, même tout petit, elle cherche ce qui peut encore être éveillé en elle, éveillé et excité, elle cherche la personne qui pourra atteindre cette seule parcelle encore vivante de son âme et la faire éclater, la faire exploser en saveurs et en couleurs et en textures.

Elle reste figée, comme ébahie. Sa repiration prend de l'ampleur, son thorax se soulève, doucement ses seins se prostrent, s'amollissent. Son corps prend de la couleur. Le sang circule.

Plus je la fixe et plus mon âme se rapproche de la sienne. Même si la chair garde sa distance je sens mon moi incorporel se rapprocher de plus en plus. Je sens que quelque chose s'est créé entre nous. Un lien de l'âme s'est tissé. Je le vois, je suis certain de le voir, ce courant, comme une rivière intangible, qui coule entre nos deux êtres, elle coule dans les deux sens à la fois, nous sommes chacun à la fois amont et aval. L'eau ruisselle lentement, chaotiquement, prend des détours inutiles, mais finit toujours par retrouver sa destination. J'emprunte, ou plutôt mon esprit emprunte cette rivière, et va la rejoindre. Je m'approche, je sens presque mon corps laissé derrière pour aller canoter sur les rapides et atteindre l'amont, l'aval, là où le courant se déverse. Et je la touche.

Elle a une inspiration profonde, violente. Elle continue de fixer le ciel. Son regard est perdu. Elle n'a que moi comme référence. Mais moi je ne suis nulle part. Je suis en elle. Je suis en symbiose avec ses émotions. Je vois les couleurs de son aura, la nature de ses pensées. Je sens qu'elle m'appartient. Je la possède.

Comme je ressens son être profond, elle me semble soudain beaucoup moins forte. Elle m'apparaît fragile, non pas molle, mais cassante. Une chope de bière craquelée, voilà ce qu'elle est. Solide et fragile à la fois. Je devine qu'elle n'a pas eu une vie facile. C'est évident. Son père battait-elle sa mère ? Non. Il la battait, elle. Elle l'a oublié mais son inconscient s'en souvient. Elle veut être dominée, pas parce qu'elle est forte. Parce que c'est tout ce qu'elle connaît. C'est logique pour elle. Tout le reste n'est pas normal.

Ainsi la petite louve a peur. Elle a peur d'être respectée. Elle n'a aucune conception de générosité. La vie se résume à prendre. Elle prend tout aux autres et en contrepartie se laisse tout prendre par son amant. Je me resserre autour d'elle. Mon esprit enveloppe le sien. Il l'étreint de toutes ses forces. Il la prend. Je sens une immense frénésie s'échapper de ma pensée et se diriger vers mon corps en empruntant la rivière qui les relie. Comme une rage de vaincre. L'ardeur de savoir que j'ai le dessus. Je veux garder cette avance. Mon corps se meut. Il s'approche, nous rejoint. Il veut reproduire ce que l'âme a réussi à faire, il veut étreindre la chair. Il se met en position. Lui écarte les jambes. Elle le fixe, ou plutôt ne fixe rien dans sa direction. L'âme se débat, mais est résignée. Ce qu'elle est faible. Elle me dégoûte. Elle se brise encore davantage. Je l'ai achevée. Elle est impuissante. Je détiens le pouvoir.

Éveil brutal.

Je la pénètre. À ce moment s'opère une réaction en elle qui semble parcourir tout son corps en succession, deux, trois, quatre fois, le tout en quelques fractions de seconde. Elle prend conscience qu'elle existe. Elle prend conscience que j'existe. Elle comprend notre position, sa signification, et ouvre la bouche. Elle gémit. De plus en plus fort. Je lis dans son regard un vide, une immensité de rien, horrifié, vacant de toute logique alors que l'emporte une peur primordiale, animale, la peur de la lutte pour la survie. Elle renaît alors que je m'enfonce en elle. J'ai un petit mouvement de recul. Puis je m’enfonce encore plus profondément. Son halètement s'amplifie. Il atteint une telle force qu'il n'est plus qu'un souffle éthéré. Plus aucune voix ne se fait entendre, son corps n'est plus que spasmes violents qui tentent de laisser s'échapper une vitalité atteinte d'une vision déchéante d'un mal absolu.

Je sens son corps et son âme aussi clairement que les miens. Je vois encore le courant qui nous parcourt, cette fois nous sommes liés sur tous les plans. L'eau déferle, il n'existe plus de frontières, la mer se déverse en nous, inonde nos deux entités, nous noie dans son eau rougeâtre. Son corps s’essouffle. Sa pensée est faible. Je la serre contre moi, avec une force qui n'est pas la mienne, je l'embrasse, je la mords, et j'entre en elle de plus en plus intimement. Je suis conscient de ce que je lui fais et je m'en veux. Je m'en veux de ne pas arrêter. Mais le plaisir est tellement grand. Je me sens bien. Je la prends tout entière. Je suis fort. Elle est faible. Ce n'est pas de ma faute. Elle sait que je suis plus fort qu'elle. Ce n'est pas de ma faute. Elle ne sait plus ce qui se passe. Ce n'est pas de ma faute.