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mardi 3 mars 2009

Athéreligilisticexpialidocious

Bonjour à tous.

Ce billet est une partie d'une longue série de billets qui entendent donner un avis, je crois plus souvent qu'autrement pertinent, sur un état des choses de la vie réelle vu de l'oeil d'un poète exaspérément lyrique qui préfère parfois se foutre du réel plutôt que le combattre, que ce soit par paresse ou par une douce conviction que les moyens ne justifient pas la fin.

Mais je promets à mon humble auditoire de limiter ce genre de billet à l'avenir, et de plus je promets que le prochain billet consistera en une nouvelle littéraire, un poème, ou quelque chose d'équivalent. Un moment donné, ça va faire, s'occuper toujours du monde ! J'aime bien m'en moquer, le remettre en doute et tester la validité de mes valeurs sur le terrain, mais je laisse aux mains de plus zélés que moi le soin de bâtir quelque chose de réel et de solide dans ce monde un peu piteux qu'est le nôtre.

Je me promenais donc sur le web (parce que toutes les histoires commencent comme ça ; vous allez voir, bientôt on va voir une Petite Sirène de Disney avec un ordinateur waterproof et une connexion wireless), et je remarque, encore et toujours, une discussion, enflammée on s'en doute, à propos de l'existence de Dieu. Notons que le tout a commencé avec une annonce que les autobus de la STM allaient bientôt se doter du slogan "Dieu n'existe probablement pas alors profitez de la vie" ou quelque chose comme ça.

Je décroche.
Je décroche totalement de ce débat qui, selon moi, n'a plus lieu d'être.

On est assez individualistes maintenant pour accepter sans remords que quelqu'un soit religieux ou non. Sacrons-nous donc une petite patience, tout le monde.
Nous savons tous que le conflit est impossible à résoudre de manière définitive avec les arguments qui existent présentement.
Un religieux n'est pas en soi plus ou moins heureux qu'un athée, et vice-versa.
Un athée en soi n'est pas plus ou moins gossant qu'un religieux, et vice-versa.

Il reste évidemment bien des problèmes à régler dans la vie pratique par rapport à cette question. Mais ultimement il existe plusieurs conflits (il me semble, car je ne me rappelle plus des détails) qui me paraissaient très faciles à régler du moment où on n'avait pas de parti pris. Et c'est là le plus dur : la majorité des gens a encore un parti pris, soi pour le oui, soit pour le non, mais peu de gens ont assez d'objectivité pour juste s'en foutre et reconnaître la valeur réelle de l'argument, c'est-à-dire aucune valeur, de part et d'autre.

Vraiment, pour ce qui est de décider de comment agir les uns avec les autres, la religion comme l'athéisme ont dans ma tête la même valeur argumentative que "j'ai une olive fourrée au fromage dans la bouche." Autrement dit, je n'ai plus tellement envie de frencher la personne, mais sinon, ça ne change rien.

Je suis contre la publicité en faveur de la religion, mais une publicité en faveur de l'athéisme, ça fait juste inutilement enfoncer le clou (sans nécessairement chercher à faire de mauvais jeu de mots qui frustrera les chrétiens déjà frustrés par Religulous, quoique j'aime bien l'idée) et serrer la corde à la gorge de la religion. Ça fait franchement provocateur. Qu'on s'assure donc que les autobus marchent bien, ce serait déjà un meilleur investissement de temps, il me semble. Suis-je le seul à sacrer quand il fait -20 degrés au soleil et que je vois trois autobus en ligne passer, étiquettés "Hors-Service" ? Me semble que c'est pas en le cachant derrière un "Dieu n'existe probablement pas" que je vais plus en profiter. Je ne suis pas contre la publicité dans le sens que je m'y oppose, je trouve juste ça inutile et j'espère sincèrement que ça n'aura aucune espèce d'incidence sur la vie des gens. Je pense que le plus beau geste qu'on puisse faire, c'est de ne pas en parler une fois que ce sera sorti au grand jour. Tiens, déjà je me contredis. J'imagine que tout mon avis n'a plus aucune valeur ?

Bref, au bonheur de certains, au désarroi de certains autres et à l'indifférence de la majorité (et je suis satisfait de cette indifférence), je me déclare agnostique, sceptique, je-m'en-foutiste et je-ris-de-votre-gueuliste. Ceci dit, j'encourage plusieurs de mes amis proches (qui se reconnaîtront) à continuer d'argumenter en faveur de l'athéisme dans la face de religieux endurcis ; et j'encourage ces mêmes religieux endurcis à continuer de frustrer ces amis proches au point où ils sentent le besoin d'aller essayer de leur clouer le bec. Si vous me cherchez, je serai dans la deuxième rangée, avec le gros sac de popcorn.

jeudi 15 janvier 2009

Sainte-Augustine

Je contemple longuement, minutieusement, chaque brique de la construction qui s'élève sans fierté, sans humilité, sans gêne derrière les clôtures refermées du parc qui l'entoure.

Chaque morceau, chaque pièce du tout, chaque élément a été planifié, préparé, taillé, puis posé, jusqu'à donner ce magnifique exemple du savoir-faire de l'espèce humaine. Chaque brique a été posée, après une semblable et avant une autre, par les mains d'un homme qui s'était promis de ne pas arrêter avant que le plan ne soit réalisé.

Combien de personnes ont participé à ce grand ouvrage ? Combien se sont blessées ou sont mortes avant de l'achever ? Combien n'ont pas vécu assez longtemps pour voir le fruit de leur labeur, ou celui de leur progéniture, toucher à sa fin et remettre enfin la récompense promise ?

Combien de personnes ont donné de leur temps pour construire cet édifice ? Combien ont ensuite donné leur vie pour le défendre et s'assurer qu'il tienne encore debout pour les siècles des siècles ?

Et de toutes ces personnes, combien de noms nous restent-ils ?

Un seul : Sainte Augustine.

Sainte Augustine, qui n'a jamais posé une pierre de sa vie, encore moins une pierre de son propre monument. Sainte Augustine, qui n'a jamais rencontré aucun des hommes présents à cette construction. Sainte Augustine, qui n'a jamais accompli quoi que ce soit de durable et éternel, voici qu'on s'assure de l'éternité de ses actes à sa place. Elle qui n'a eu qu'à vivre sa vie, voilà que d'innombrables gens donnent la leur afin qu'elle soit immortelle.

Ces hommes avaient une vie. Ils avaient une famille. Ils avaient aussi des désirs, un espoir pour un monde meilleur, peu importe leur définition. Pour la durée de leur existence, ils ont été, à leurs propres yeux, la personne la plus importante du monde, la personne qu'il fallait protéger au péril de leur vie. Ils ont été témoins de leurs seuls actes devant Dieu et les hommes et Sainte Augustine, leur contribution à l'accomplissement d'une alliance nouvelle et éternelle. Ils avaient un rêve, celui de bâtir une merveille à la mémoire de ces être maîtres du panthéon, dans l'espoir de gagner leur propre Paradis.

Et de ces hommes, que nous reste-t-il ? Il ne nous reste que le nom de leur patronne, le nom de leur muse, le nom par lequel ils ont vécu et sont morts pour poser une pierre de plus sur un des multiples murs de la sépulture.

Ce tas de pierre, c'est Sainte Augustine aujourd'hui. Qu'en restera-t-il demain ?

Demandez-le à ces personnes qui donneront leur liberté pour la détruire.

Hiraven

Ma première visite à l'abbaye de Hiraven. Le lieu saint de toute une région de villages, si l'on peut appeler village les dizaines de groupements de deux ou trois modiques demeures qui parsèment l'horizon de toute part. Il y avait déjà eu une petite église, mais elle n'avait même pas survécu aux intempéries. On prévoyait en construire une nouvelle, mais en attendant l'abbaye servait de refuge et remplissait les fonctions ecclésiastiques nécessaires à toute communauté.

J'ai déjà vu quelques abbayes, plus prestigieuses de nom, mais celle-ci me plaît particulièrement. Elle dégage une impression plus familiale. C'est d'ailleurs la différence entre la moyenne église et la moyenne abbaye. L'église respire le recueillement, la parfaite communion, l'instant d'une prière, entrer pour faire son chrétien parfait et ensuite rentrer chez soi et tenter tant bien que mal d'appliquer tel ou tel nouveau concept de bonté et de chrétienté. L'abbaye, elle, est plus un mode de vie. On marche, on mange, on nettoie en l'omniprésence du Seigneur, et même les tâches les plus élémentaires et mondaines semblent prendre un sens tout nouveau. Tout à coup, on ne fait plus la cuisine pour nourrir une famille, on la fait pour rendre hommage à Dieu et aux hommes. L'atmosphère nous plonge dans un état de paix, où rien ne peut arriver. Peu à peu on se retire des conflits extérieurs. Peut-être est-ce cela, la force de Dieu. À se recueillir en lui, on perd peu à peu toute envie de conflit, et peu après l'esprit va jusqu'à l'oublier.

À environ trente stades de la demeure la plus proche, à mi-chemin sur le versant d'une colline qui offre une côte beaucoup plus abrupte sur le versant opposé, s'érige fièrement le bâtiment édifié de bois de chêne et de brique dorée. Dès que la proximité propose une meilleure vision du détail, l'on aperçoit toute la simplicité, la géniale simplicité de la construction. Même moi qui n'ai jamais été grand connaisseur d'architecture, puis-je m'abandonner à la splendeur sans complexe des arches de pierre, des créneaux épais et robustes, des tours lointaines, humbles mais solides, où l'on peut aisément d'imaginer des étages de bibliothèques remplies de rares manuscrits, plongés dans le silence absolu des moines copistes. On m'avait dit autrefois que les livres étaient faits pour être lus en silence. Les dicter à voix haute était comme répandre leurs secrets à des vents peu favorables et l'acte seul pouvait revenir, d'une certaine façon, hanter l'irrespectueux. J'ai toujours pensé que ce n'était qu'une règle pour empêcher de déranger les moines dans leur travail.

Je passe la massive porte de chêne ornée de fleurs de lys en fer forgé, entretenues assez bien pour leur donner un reflet presque argenté au soleil. La rouille n'y a pas encore fait de ravages, quoiqu'on ne puisse pas en dire autant des pentures, qui malgré leur glissement régulier et sans grande résistance, grincent assez fort pour que toute la cour intérieure sache qu'elle s'est ouverte.

À l'intérieur, un grand terrain carré, dont un coin est occupé par un puits. L'herbe y est entretenue avec ferveur, et les moindres trous dans la brique sont scellés avec attention. Bien que des irrégularités dans le motif mural témoignent des ravages du temps, il ne semble aucunement que l'abbaye puisse s'écrouler, ne fût-ce sous le poids d'une armée entière.

On trouve au nord la plus grande tour, avec une plus petite à l'est. Les deux doivent être annexées par un couloir dissimulé derrière le mur nord-est, lequel n'arbore aucune porte. Au sud, une embrasure éclairée à la torche semble mener au sous-sol, où se trouvent probablement la cuisine et les nombreuses chambres communes.

Au sommet de la tour nord, à quelques pieds du pignon, s'élance fièrement l'emblème de l'abbaye, un aigle d'or emportant dans ses serres un volumineux document. Un indice de plus signifiant la présence d'une bibliothèque, ou tout du moins de nombreux ouvrages, dans cette tour. La tour est, quant à elle, est munie d'une couverture plate et entourée de créneaux, au centre desquelles sied sagement une girouette de bois, un peu déconfite mais toujours fidèle. À l'intérieur se trouve une grange, abritant quelques oiseaux et d'autres animaux domestiques. Il y a longtemps qu'elle n'a pas été vraiment utilisée. Je penserais que l'on y entrepose de vieux artefacts sans grande valeur.

La mezzanine faisant presque le tour des quatre murs et faisant également office de remparts est solidement soutenue par des arches qui forment une longue arcade, sous laquelle il fait bon s'asseoir et relaxer à l'ombre. Je me retourne, et le ciel m'offre la vue sur le clocher, construit par-delà la grande porte d'entrée. Un ingénieux système de poulies conduit une corde à un crochet, de manière à la fixer solidement au mur. Sûrement est-ce la corde d'alarme. En temps normal, une autre corde est disponible dans le clocher, mais si quelque chose devait requérir de sonner l'alarme au plus vite, il existait cette ancre de secours.

On me conduit au sous-sol. Comme je l'avais deviné, on y voit toute une fourmilière, des hommes qui nettoient, qui font la cuisine, qui installent les couverts, qui transportent des sceaux d'eau et de bière. Ici chacun a une responsabilité, qui peut changer en tout temps. Le mot d'ordre est "va te rendre utile."

Dans des pièces adjacentes se trouvent les chambres, réservées aux anciens. Les jeunes couchent dans la salle à manger, entre les tables et les chaises, ou parfois sur elles. La grande salle peut héberger deux centaines d'âmes, alors que les chambres ont de la place pour une ou deux dizaines au plus.

Au fond de la grande salle, une arche encadre sous elle une tapisserie qui raconte un grand combat, dont je ne sais rien encore. Il faudra que je me renseigne. On dit que la fondation de cette abbaye a requis peu de sang, mais beaucoup de temps. J'en jugerai moi-même. Au-dessus de la tapisserie est gravée la devise de la confrérie qui est à l'origine de Hiraven :

"In laus nipalensis, vox dei arma noster est."

mercredi 7 janvier 2009

Deux arguments cruellement absents de l'athéologie moderne

Depuis un certain temps, la course religieuse semble avoir repris un certain essort, du moins dans ma province de mon pays, où les questions d’accommodement raisonnable, par exemple, sont devenues critiques et critiquées. En fait, j’ai l’impression d’assister à un débat entre la religion et la réalité, le créateur et sa création. On croirait que l’univers, après avoir passé quelques milliards d’années à développer une race intelligente (ce texte est très anthropocentriste), se prépare à faire face à son créateur comme un adolescent qui se rebelle contre l’autorité de ses parents, qui pourtant jusque-là semblaient tout-puissants à ses yeux.

Loin de prétendre clore le débat, il me presse seulement d’apporter à la longue liste d’arguments et de contre-arguments, quelques faits que je n’ai pas eu le bonheur de voir sur ladite exhaustive liste. Et ces arguments n’ont pu être réfutés, de quelque manière que ce soit, par des fidèles venus cogner à ma porte pour m’entretenir du message des saintes écritures, alors je me permets de les croire pertinents.

Un mot de prudence dependant : j’ignore encore si je me considère athée, il me semble que je me rangerais plutôt du côté des panthéistes. Si ça peut changer quelque chose pour quelqu’un, je préfère afficher d’emblée mes couleurs et leur teinte précise.

Premier point : Si l’univers a été créé par le Big Bang, qu’y avait-il avant le Big Bang ?
(Alternative : Si Dieu n’existe pas, qu’y avait-il avant le début de l’univers ?)

Je commencerai par pointer un paradoxe de cette question. Car bien que ce soit une question, la poser exprime clairement que l’on affirme deux choses :

1. Il y avait de la matière avant le Big Bang.
2. Il y avait un avant Big Bang.

Je reviendrai sur le premier point plus tard, car c’est mon préféré. Explication du deuxième maintenant. Nous savons (presque) tous que les scientifiques arrivent à comprendre comment s’est formé l’univers à partir de (approximativement) quelques secondes après le Big Bang. Mais remonté plus loin dans le temps, les ordinateurs flabergastent et les physiciens cherchent leur mère. Pour la simple et bonne raison que non seulement au-delà de cette limite, les lois de la physique n’entendaient rien à ce qui allait bientôt devenir leur standard (que nous observons aujourd’hui), mais même le temps, cette chose abstraite que l’on représente linéaire, à ce moment-là avait plus l’air d’une lasagne passée au blender.

Le Big Bang était le début de l’univers, et le temps n’est qu’une dimension (relative, rappelons-nous en) de cet univers, et donc le temps n’a pas précédé l’existence de l’univers. Ça fait très raisonnement circulaire, je le conçois, et n’étant pas physicien moi-même je ne peux pas vous emmerder avec quinze pages de formules pas possibles qui inspireraient à Douglas Adams le chef-d’œuvre d’une époque. Mais il me paraît logique qu’il n’y a pas pu avoir un passé au Big Bang, événement qui a littéralement créé même la possibilité d’un passé !

Seconde virgule : Bon, d’accord. Mais quand même, le temps, et la matière, et « insérez ici votre liste d'épicerie » a bien dû venir de quelque part, non ?

Non.

Nous sommes habitués, depuis Héraclite, Parménides et d’autres, à penser que le vide n’existe pas, qu’il est inconcevable, que le non-être n’est pas, et que « rien ne se crée, rien ne se perd ». En fait ce n’est que partiellement vrai, pour ce qu’on en sait aujourd’hui.

Laissant de côté les considérations philosophiques de la chose pour m’attarder aux récentes découvertes scientifiques, je propose de reformuler la célèbre « rien ne se crée, rien ne se perd » par une plus juste « tout s’équilibre ». En effet, aussi saugrenu que cela puisse paraître, nous savons qu’il est parfaitement possible que de la matière naisse du vide. Comment nous le savons ? Parce que ça se fait en permanence.

Chaque fraction de seconde, quelque part dans l’univers, se créent une infinité de particules à partir du vide sidéral, mais vraiment du Vide. Il ne s’agit pas de recycler les quelques gaz et poussières en suspension dans ce presque-vide. Comment est-ce possible ? Transaction bancaire. La matière « emprunte » de l’énergie au vide pour se manifester. L’effet concret : la naissance d’une paire de particules, l’une de matière, l’autre d’antimatière. Oui, les particules ainsi manifestées ont une espérance de vie longue de quelques graines de secondes, avant de s’annuler l’une l’autre et de revenir à leur néant originel. Mais il n’est pas exclu que de telles particules ne puissent pas potentiellement atteindre une longévité raisonnable, donné un environnement propice.

Donc, pas besoin de conscience pour créer de la matière, et pas besoin non plus de matière au préalable. Le vide se suffit à lui-même.

Troisième point de suspension pour finir : quelques arguments faciles.

Ceux-là ne sont pas nouveaux, mais j’aime bien les rappeler au jour et entendre les fidèles me dire que les voies de Dieu sont impénétrables.

- Si Dieu est omnipotent, peut-il créer une pierre qu’il sera incapable de soulever ?
- Variation : Si Dieu est omnipotent, peut-il cesser d’exister (ou d’être, pour ceux qui veulent jouer avec les mots) ?
- Si Dieu est omniscient, alors il sait précisément ce qui va nous arriver à tous. Donc le jugement de tous et chacun est déjà réglé. Mais comme notre passage sur Terre est censé être une épreuve pour déterminer si nous sommes dignes de notre paradis, mais que Dieu sait déjà comment cette épreuve va se terminer, est-ce qu’il n’y a pas paradoxe ?

Annexe : Arguments de Descartes

Descartes avait un argument que je classe parmi les plus intéressants : il disait que Dieu existe car la notion de Dieu est en notre âme à tous. Un collègue autrefois avait tenté de confirmer ces dires en comparant le Créateur à une couleur.

Donc Descartes dit que Dieu existe car nous en avons l’idée. Quelqu’un aura évidemment la brillante idée de réfuter que ce n’est pas nécessairement parce que j’ai l’idée de quelque chose qu’elle existe. Ne voulant point s’engager dans une aventure psychologique et mentalement aliénante, le collègue sus-mentionné a plutôt préféré s’en remettre à la science pour lui fournir un contre-argument, lequel était ceci : pouvons-nous imaginer une couleur qui n’existe pas ? Non. Ergo, tout ce que l’on imagine doit nécessairement exister, même si ce n’est qu’un pot-pourri de plusieurs choses qui existent (un chien-arbre volant avec des poêles à frire en pépites de bananes). Donc, Descartes a raison.

Je pense que la faiblesse de cet argument saute aux yeux. Comme un carré est un rectangle sans qu’un rectangle soit nécessairement un carré, ce qu’on imagine doit nécessairement exister, complètement ou en partie, mais ce qui existe ne doit pas nécessairement être imaginable. Non, nous ne pouvons pas imaginer une couleur qui n’existe pas, mais il existe bien des couleurs que nous ne pouvons tout simplement ni percevoir, ni imaginer (infrarouges et ultraviolets).
Notons ici que tout ceci ne nous amène pas à conclure que Descartes avait tort, au contraire, l'argument tendrait à supporter sa théorie. Je serais curieux d'entendre d'autres people sur la question.