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jeudi 5 mars 2009

Les Morts sont plus fous que vous

Nous pouvons dire trois choses de la folie. Ou en tout cas moi je peux les dire et en assumer le contenu et les répercussions.

Premier précepte : la folie est quelque chose qui n'est pas conforme à la normalité culturellement acceptée dans un contexte social donné. Or, ceux qui donnent cette définition, ce sont les vivants, on s'en doute. Donc ce qui est anormal, c'est ce qui ne fait pas comme eux. Or, un mort ne fait pas comme aucun vivant existant. Donc le mort est fou.

Deuxième précepte : la folie est une déconnexion, partielle ou totale, de la réalité. Or, un être mort ne fait, partiellement ou totalement (dépendamment de l'état de décomposition du corps) plus partie de la réalité. Donc le mort est fou.

Troisième précepte : la folie est une séquelle causée par un traumatisme, pouvant être pré ou post-natal, physique ou psychologique, et qui vient perturber le bon fonctionnement du corps et de l'esprit, peu importe la définition que revêt le mot "esprit" dans le contexte socioculturel énoncé plus tôt. Or, dans une société donnée, on l'a également énoncé plus tôt, la folie se repère (entre autres) à un comportement qui sort des normes. Dès lors, on peut supposer que toute expérience de vie est un traumatisme mineur en soi, car elle contribue à former notre caractère, qui est aussi une forme de folie mineure, puisqu'il nous rend différent des autres. Mais comme tout le monde est différent, tout le monde finit par être pareil car tout le monde a la similarité d'être différent. Ainsi, puisque tout le monde est pareil dans sa folie (même mineure), il faut définir la folie par ce qui est réellement différent, c'est-à-dire par un être qui n'a aucune folie, donc qui n'a jamais subi aucun traumatisme. Or, deux sortes d'êtres ne sont pas soumis à leurs traumatismes : ceux qui ne sont jamais nés, et ceux qui sont morts, et les premiers font, d’une certaine manière, partie des deuxièmes. Donc le mort est fou.

Ainsi, jusqu'à preuve du contraire ou jusqu'à ce que quelqu'un apporte une définition objective de la folie qui exclut explicitement les morts de toute catégorisation, les morts sont plus fous que vous. Faites votre deuil de votre caractère marginal, vous êtes battus d'avance.

mercredi 11 février 2009

L'utilité du vide

Une amie m'a demandé à quoi servait le vide. En fait, voici ses mots exacts :

"J'aime vraiment regarder les étoiles ! Quand tu y penses… l'univers c'est tellement énorme ! Pis la planète terre bien c'est dans le vide… dans le rien ! Moi ca me fais flipper ça ! Je n'en reviens pas ! Ayoye ! J'y pense la maintenant… pis moi j'me dis que c'est tellement bizarre ! Tout ce vide…qui sert a quoi ?!? Le sais-tu toi ? Parce que moi j'le sais pas ! [...]"

Notez que je n'ai eu ici à corriger aucune faute d'ortographe, et je respecte ça.
Voici maintenant ma réponse à cette question très... les adjectifs me manquent là !

À la base, il faut définir le vide. Mais le vide n'est pas. Donc il est indéfinissable. Ceci dit, indéfinissable ne signifie pas inutile. La preuve, je suis utile. Mais pour juger de l'utilité d'une chose, nous ne pouvons pas nous en tenir à son utilité relative, car dans ce cas la réponse changerait pour chacun de nous. Le vide ne m'est pas utile de la même manière qu'il t'est utile : je doute que tu te serves couramment du vide pour invoquer un gros bubble-monster dans un cercle sous pression pour lui poser des questions relatives aux carosses d'épicerie en lui balançant sur la gueule des phéromones sexuelles de monstre-mouton femelle à mille tétines. Donc, il faut définir l'utilité intrinsèque du vide, et pour ce faire il nous faut le définir par rapport à lui-même et ainsi trouver son utilité par rapport à lui-même. C'est là que ça devient cool. Parce que le vide ne pense pas, puisqu'il n'est pas, et vice-versa. Donc puisqu'il ne pense pas il ne peut se trouver une utilité, pas parce qu'il est incompétent, mais parce qu'il n'a pas de besoin, et qui n'a pas de besoin trouve tout inutile. Mais justement, puisque le vide n'a pas de besoin, alors il vient lui-même combler tous ses besoins, qui sont nuls. Quelque chose d'utile, dans ce sens, serait encore plus inutile au vide que quelque chose d'inutile. Donc, pour répondre à ta question : par négation, le vide sert à tout.

Et je sens une vague de n'importe quoi qui menace de détruire la civilisation telle que nous la connaisssons.